mariehélène le ny


[No] Human's land
2008/ en cours

 photographiste



FAIRE BASCULER NOTRE PERCEPTION DU MONDE.

Chaque pièce s'offre au spectateur comme un voyage mental.
Promenade bucolique ou périlleuse ascension chacun choisit sa voie pour
explorer le territoire photographique sur lequel il décide de s'arrêter. Au
premier regard une forme centrale, ample vision surplombante d'un lieu
soigneusement choisi pour ses caractéristiques plastiques et symboliques.

Ce point de vue inhabituel m'intéresse en regard de notre perception
de bipèdes - frontale et très réduite - balisée par nos possibilités limitées
d’accès aux différents sites d’activités humaines. Démultiplier nos points
de vue permet nombre de remises en question et de découvertes,
rabotant nos certitudes, distillant à la fois le doute et la poésie...

Autour de ces espaces, de petites images qu'une observation attentive
permet d'identifier (ou pas) valent pour elles-mêmes plutôt que comme
références à un espace temps précis. Elles associent des éléments qui font
écho à des chaînes d’actions humaines dont la pression sur l’environnementest
délétère pour le vivant. Pour les plus attentifs, des mots - une phrase, des vers,
soigneusement choisis - entrent en résonance avec l'ensemble, tels de petits cailloux
posés sur le chemin du promeneur qui les manipule à sa guise...

Dans ces compositions chacun peut donc élaborer son parcours dans la
durée, circuler à son rythme, s'arrêter en un point, se lover en un repli,
s'échapper ailleurs, rêver ou s'interroger...
Objet de convoitises effrénées et insatiables, la terre restera-t-elle encore
longtemps le territoire de nos jeux, de nos vies et de nos rêves ou
deviendra-t-elle un jour prochain un [No] Human's Land ?

 

UNE EXPLORATION DE LA NOTION DE TERRITOIRE.

Dans cette série je m'intéresse donc aux usages du territoire
à l'échelle mondiale, questionnant la complexité des enjeux qu'ilsrecouvrent.
Par le biais d’un travail d'assemblage, j’interroge la notion même de territoire
- à la fois physique, imaginaire et géopolitique. Mes premières recherches photographiques m'avaient conduit à expérimenter la suite et le collage, avant
de mettre en forme des polyptyques photographiques ou d’assembler des mots
et des images.
Omniprésentes, les images ont vu leurs effets démultipliés par l’irruption
des technologies numériques. Celles-ci peuvent enregistrer et diffuser
instantanément tous les instants de nos vies au sein d’un nouveau territoire
virtuel exponentiel et envahissant. Cela provoque un certain vertige en
saturant notre présent et notre mémoire. Le temps de la contemplation -
et celui de la réflexion - s'accorde mal avec la frénésie qui saisit de plus en
plus “l’homo numericus”. Chaque image issue d'un passé proche ou lointain
s'oblitère instantanément dans le surgissement des suivantes. La profusion
parasite la nécessité du choix et de la hiérarchie de ces représentations.

Associer des images fixes me permet de composer avec le réalisme
photographique et d’inviter à un arrêt sur images. Introduisant de la
complexité, je questionne la fragmentation de l'espace-temps opérée par
le cadrage - et les frontières. Entrant en résonance, des points de vue choisis
invitent à explorer quelques plis supplémentaires de la fabrication du réel
comme de celle de l'imaginaire.
La configuration de nos territoires change radicalement et très rapidement.
Les nouveaux modèles agroalimentaires ont dépossédé les paysans de leurs rôles
et savoirs traditionnels et fait chuter leur nombre au profit d’ exploitations
toujours plus vastes et mécanisées. Nombre de ruraux migrent aujourd'hui
pour rejoindre les bidonvilles et banlieues des mégalopoles (en risquant
parfois de perdre leur vie aux confins de pays plus riches !). L’apparence
des villes et des campagnes s'en trouve profondément modifiée. Les modes de
vie et les liens sociaux se transforment, les communs disparaissent, l’urbanisation
et la privatisation de la planète s’étendent inexorablement... 




gros plans



Expositions